Après plusieurs mois de négociations entre les autorités sanitaires et les laboratoires pharmaceutiques, les médicaments anti-obésité Wegovy et Mounjaro devraient prochainement être pris en charge par l'Assurance maladie. Une décision très attendue par les patients souffrant d'obésité sévère, alors que ces traitements, commercialisés en France depuis 2024, coûtent plusieurs centaines d'euros par mois. 

Un remboursement réservé aux formes sévères d'obésité

Le remboursement du Wegovy, développé par le laboratoire danois Novo Nordisk, et du Mounjaro, commercialisé par l'américain Eli Lilly, ne concernera pas l'ensemble des patients en surpoids.

Selon les critères retenus par les autorités sanitaires, seuls les adultes présentant une obésité sévère pourront bénéficier d'une prise en charge. Celle-ci sera réservée aux personnes ayant un indice de masse corporelle (IMC) d'au moins 35 kg/m² associé à une maladie liée à l'obésité, comme le diabète, l'hypertension artérielle ou l'apnée du sommeil. Les patients dont l'IMC atteint ou dépasse 40 kg/m² pourront également être éligibles, même en l'absence de comorbidité.

Cette restriction s'inscrit dans la continuité des avis rendus par la Haute Autorité de santé (HAS), qui avait recommandé un remboursement uniquement après l'échec d'une prise en charge nutritionnelle bien conduite et en complément d'un régime hypocalorique associé à une augmentation de l'activité physique.

Les autorités souhaitent ainsi réserver ces traitements aux situations où les approches classiques n'ont pas permis d'obtenir une perte de poids suffisante.

Une prise en charge à 65 %, avec un reste à charge souvent nul

Jusqu'à présent, les patients devaient financer eux-mêmes leur traitement. Le coût mensuel variait généralement entre 180 et 440 euros selon le médicament et le dosage prescrit.

Le remboursement devrait être fixé à 65 % par l'Assurance maladie. Toutefois, dans de nombreux cas, les patients concernés pourraient bénéficier d'une prise en charge intégrale grâce aux dispositifs existants liés à leurs pathologies associées.

La ministre de la Santé estime que près d'un million de personnes pourraient théoriquement répondre aux critères d'éligibilité. Pour autant, toutes ne recevront pas automatiquement ces traitements. La prescription restera conditionnée à l'évaluation médicale de chaque situation.

Le coût annuel de cette mesure est évalué à environ 100 millions d'euros pour les finances publiques lorsque le dispositif fonctionnera à plein régime.

Une reconnaissance de l'obésité comme maladie chronique

L'arrivée du remboursement constitue un tournant dans la prise en charge de l'obésité en France. Jusqu'ici, malgré des avis favorables de la HAS pour le Wegovy puis pour le Mounjaro, les discussions tarifaires avec le Comité économique des produits de santé (CEPS) avaient retardé leur intégration dans la liste des médicaments remboursables. La France deviendrait ainsi le premier pays de l'Union européenne à rembourser ces traitements destinés à la perte de poids.

Pour les acteurs du secteur, cette décision traduit une évolution de la perception de l'obésité, désormais considérée comme une maladie chronique nécessitant un accompagnement thérapeutique au même titre que d'autres pathologies de longue durée.

Étienne Tichit, directeur général de Novo Nordisk France, estime que cette mesure répond à "un défi de santé publique croissant et à l'urgence d'une prise en charge thérapeutique adaptée".

Même son de cloche du côté de Novo Nordisk au niveau international. Son président-directeur général, Mike Doustdar, considère que cette décision "démontre la clairvoyance et la maturité du système français ainsi que son engagement à fournir les ressources nécessaires pour lutter contre cette maladie chronique".



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